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Notre avis d'expert

Avis d’experts – L’hypersensibilité au gluten, plus qu’un effet de mode ?

Encore aujourd’hui, les contours de l’hypersensibilité au gluten demeurent flous. Les mécanismes mis en cause et la responsabilité du gluten restent par ailleurs débattus dans la communauté scientifique. Fait notable, en juillet dernier, une équipe de chercheurs américains décrivait pour la première fois l’existence vraisemblable de marqueurs biologiques spécifiques de ce syndrome.

Parue dans le journal Gut, l’étude révèle notamment :

  • une perméabilité accrue de la barrière intestinale à un composant de la paroi des bactéries appelé lipopolysaccharide (ou LPS), un lipide complexe bien connu pour ses effets pro-inflammatoires, chez les personnes se déclarant hypersensibles au gluten (versus des malades coeliaques ou des individus sains).
  • une augmentation de la concentration sérique d’une protéine, la Fatty Acid Binding Protein de type 2 (FABP2) chez ces mêmes individus. La FABP2 est produite par les cellules de l’intestin et participe à l’absorption des lipides.

Les auteurs font l’hypothèse que son transfert dans la circulation sanguine des patients cœliaques occasionnerait des dommages à l’intestin : une hypothèse intéressante, qu’il faut cependant considérer avec prudence.

Que peut-on en conclure ?

La FABP2 favorise l’absorption des lipides dont le LPS fait partie. On sait également que l’absorption accrue de LPS peut révéler une altération de la barrière épithéliale.

Mais il est aussi possible que cette absorption accrue de LPS soit tout simplement favorisée par un régime riche en graisses.

En retour, l’augmentation du LPS sérique peut favoriser le syndrome métabolique qui accompagne l’obésité, aujourd’hui considérée comme une maladie inflammatoire.

Limites de l’étude

  •  Quel était le régime alimentaire exact des patients avant la suppression du gluten, puis pendant? En d’autres termes : est-ce que seul le contenu en gluten a été modifié ou y a-t-il pu y avoir des variations dans la prise de graisses… L’étude ne le dit pas.
  • Lorsque l’on compare un grand nombre d’individus, les différences observées sont significatives statistiquement, mais cette conclusion n’est plus si évidente lorsque l’on s’intéresse aux résultats individu par individu, notamment en ce qui concerne l’évolution des LPS et des protéines FABP2 qui lient ce composé dans le sang.
  • Cette étude a été réalisée sur un petit échantillon de personnes ; ses conclusions ne sont donc probablement pas généralisables à une plus grande population.

En conclusion, cette étude est intéressante bien qu’il serait souhaitable de connaitre plus précisément la composition et l’évolution des régimes alimentaires des personnes suivies. La question de l’hypersensibilité est donc loin d’être résolue.